« Tiens, le Bitcoin, c’est citoyen ça ? »

« Ils sont làààà, ils sont dans les campaaaagnes, dans les viiiilles ; ils sont sur les réseaux sociauuuux,… ». Hé oui, Madame Le Pen, ils sont là, ils sont partout. Non, on ne parle pas des membres de l’extrême droite en Belgique, mais plutôt des Bitcoins, cette crypto-monnaie qui monopolise de plus en plus nos débats de fin de soirée et qui intéresse de plus en plus Monsieur et Madame tout le Monde dans nos chaumières. A l’évidence, leur aspect innovant, lucratif et tendance s’impose. S’agit-il pour autant d’une avancée citoyenne ?

Le bitcoin : quèsako ?

Le Bitcoin, c’est une crypto-monnaie que n’importe quel individu peut obtenir en échange d’un certain montant dans une monnaie officielle. En 2011, 1 Bitcoin valait 1$. Le 3 novembre dernier, il en valait 7398.11 et était accepté par 10441 entreprises à travers le monde. Son fonctionnement, relativement complexe, est décrit dans d’innombrables vidéos Youtube qui vous éclaireront bien mieux que nous ne pourrions le faire. Simplement, nous voudrions ici attirer votre attention sur quelques aspects des crypto-monnaies qui peuvent potentiellement être problématiques pour notre société.

Un anonymat potentiellement problématique

L’anonymat et la sécurité des transactions permettraient un financement du crime organisé. Il faut ici nuancer car (1) si l’adresse Bitcoin d’une personne est connue, son anonymat se perd et (2) si le Bitcoin facilite le financement du crime organisé, il n’en est pas la cause. Personne ne penserait à interdire le cash parce que ça permet au travail en noir d’exister, par exemple. On peut toutefois s’inquiéter du fait qu’un système judiciaire ne pourrait plus venir geler les portefeuilles virtuels de personnes condamnées à payer une certaine somme, ou susceptibles d’acheter du matériel explosif. Comment faire lorsque quelqu’un ne paie pas sa facture et décide d’utiliser l’argent économisé, votre argent, pour se la couler douce dans les Galápagos ?   

La fin des politiques monétaires ?

Les Bitcoins sont émis de manière progressive, finie (maximum 21 millions de Bitcoin) et régulière de sorte que toute politique monétaire est rendue impossible. Adieu les banques centrales et leur système monétaire centralisé qui adapterait les liquidités disponibles en fonction de la conjoncture économique ! Si F. Hayek, prix Nobel d’économie pensait que c’était viable, il faut admettre qu’il est bien isolé. Déflation et voyage dans l’inconnu au programme, contre l’avis d’une écrasante majorité d’experts, voilà ce qui nous pendra au nez. L’on connaît tous les scandales « lobbyistiques » dans les milieux bancaires, mais faut-il pour autant évacuer le bébé avec l’eau du bain, donc évacuer les banques centrales avec les Mario Draghi de ce monde ?

Les risques d’une prise de décisions décentralisée

Pour ceux parmi vous qui défendent un modèle de démocratie délibérative plutôt que celui d’une démocratie faussement directe où règnerait une dictature des meilleurs communicants, admettons que l’idée selon laquelle le fonctionnement d’un objet éminemment complexe serait décidé par chacun, de manière décentralisée, en fonction de la quantité de Bitcoin qu’il possède inquiète. Surtout là où la majorité ne comprend pas en profondeur les mécanismes sous-jacents aux petits Coins virtuels qu’ils détiennent par envie de spéculer. 

Faut-il pour autant enterrer le Bitcoin ? A vous de juger.

Soyons critiques, soyons citoyens !