Le droit à l’avortement en Pologne

Depuis le vendredi 23 octobre, de nombreuses manifestations ont lieu en Pologne contre le durcissement de l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Plusieurs milliers de polonais et polonaises sont ainsi descendus dans la rue pour s’opposer au gouvernement nationaliste ultra-catholique, le PiS (Droit & Justice). Ce durcissement vient d’une décision rendue par le tribunal constitutionnel polonais, interdisant l’IVG dans le cas d’une malformation grave du fœtus. Elle fait suite à une politique anti-avortement du gouvernement, parmi les plus restrictives de l’Union Européenne. Dès lors, l’avortement ne sera possible que si la femme enceinte est en danger de mort ou si le fœtus est le fruit d’un inceste et/ou d’un viol. Or, la majorité des IVG pratiqués concernait un cas de malformation du fœtus.

Devant la quasi-impossibilité d’avorter légalement, de plus en plus de femmes ont recours à l’avortement clandestin ou à l’étranger, ce qui devrait encore augmenter avec les nouvelles mesures. La majorité des IVG pratiquées sont illégales, il n’y aurait officiellement qu’environ 1100 IVG par an pour 200 000 clandestines ou à l’étranger. Pour les partisans de la décision rendue, l’IVG en cas de malformation était un risque majeur d’eugénisme, il serait ainsi possible de sélectionner des fœtus, sans malformation et handicap, ce à quoi ils sont opposés.

Les opposants nient la légalité de la décision rendue par le tribunal, qu’ils ne jugent pas indépendant. Pour eux, au-delà de la légalité de la décision, qui devrait être rendue par le parlement, les manifestantes défendent leur droit à décider de ce qu’elles veulent pour leur corps. Les manifestations tendent à continuer contre le parti PiS, son chef et contre le président de la Pologne, Andrzej Duda, ouvertement opposé au droit à l’avortement. L’opposition centriste mais également l’ancien premier ministre polonais et ancien président du Conseil Européen, Donald Tusk, se sont tous les deux opposés à cette décision, en particulier au vu du contexte pandémique actuel. Ils accusent le gouvernement de détourner l’attention sur la situation sanitaire en Pologne, alors que le pays vient de passer en code rouge.

Cette quasi-interdiction a également soulevé l’indignation hors des frontières de la Pologne, notamment celle de la Commissaire au Conseil de l’Europe pour les droits de l’homme, Dunja Mijatovic, ou encore d’ONG de défense des droits de la femme et de l’homme, comme Amnesty International. La législation est dès lors vue comme une violation aux droits de l’homme.

Dans ce pays très catholique, l’église a une place prédominante. Si l’avortement a bien été autorisé entre 1956 et 1993, dès 1994 la politique en matière d’IVG est devenue plus restrictive. La loi de 1993, n’autorisant l’IVG que dans les trois cas mentionnés plus haut, était déjà le fruit d’un travail entre l’Eglise et le gouvernement. Depuis, le droit à l’avortement avait été plusieurs fois remis en question par l’Eglise, le gouvernement mais également par des initiatives citoyennes. Ils souhaitaient une nouvelle loi sur le sujet voire une interdiction pure et simple de l’avortement, notamment en 2016 et 2018. A l’époque, les mobilisations importantes avaient permis de faire échouer ces tentatives. Néanmoins, impossible de savoir s’il en sera de même cette fois-ci ou si la Pologne s’inscrira un peu plus durablement dans une position anti-IVG.

 Soyons critiques, soyons citoyens !

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