Roman Polanski : l’indulgence qui divise

« Vive la pédophilie… Bravo les pédophiles ! » s’écrie Adèle Haenel, quittant, furieuse, la quarante-cin-quième cérémonie des Césars du cinéma après avoir assisté à l’attribution du prix du meilleur réalisateur au pédocriminel notoire Roman Polanski. Agé de 86 ans, accusé de viols et d’agressions sexuelles depuis 1977 par pas moins d’une douzaine de femmes, le cinéaste s’est volontairement exclu de cette cérémonie, voulant selon lui éviter un « lynchage public » malgré ses douze nominations qui n’ont pas manqué de créer la polé-mique. La proclamation, suivie d’une vague de départs indignés, laissa la salle en proie à un malaise assour-dissant, apogée du clivage sociétal que cette affaire ne cesse d’alimenter depuis la sortie du fameux film J’accuse. Après de nombreuses dénonciations, notamment de la part de l’actrice Adèle Haenel, il semble pour beaucoup difficile à croire qu’une telle situation ait pu se produire. Comment expliquer cette dissonance et cet entêtement de la part de l’Académie des Césars à aduler une figure manifestement controversée ?
Le vieux monde de l’Académie
Malgré la récente refonte de la direction de l’Académie suite à la publication d’une pétition dénonçant les nombreux dysfonctionnements d’une institution archaïque et élitiste, les manifestants ont été nombreux à exprimer leur mécontentement devant la salle Pleyel à Paris ce vendredi soir. L’ancien président des arts et techniques du Cinéma Alain Terzian s’exprimait ainsi à ce sujet : « [L’Académie] n’est pas une instance qui doit avoir des positions morales. » En outre, les Césars récompenseraient le talent technique et artistique des nominés faisant fi de la vie privée de ces derniers, et cela sous couvert de la fameuse formule de « distinction entre l’homme et l’artiste ». Distinction qui semble s’opérer plus facilement en France qu’aux Etats-Unis, au vu des récents procès contre des hautes figures du cinéma telles que Kevin Spacey, plus récemment Harvey Weinstein ou encore Polanski lui-même, exclu de la prestigieuse Académie des Oscars. Le cinéma américain a en effet rapidement réagi en adoptant en 2018 des « nouvelles normes de bonne conduite », répondant clairement au débat toujours en vigueur en France et prouvant définitivement l’aspect hautement politique de ce genre de cérémonie.
L’illusion du doute
Faut-il dès lors comme le suggère une partie de l’opinion publique française « séparer l’homme de l’ar-tiste » ? Cette interrogation, bien que légitime, sous-entend dangereusement que les accusations du réalisa-teur tiennent du domaine de la vie privée, sans fondements juridiques crédibles. Or il semble pertinent de rappeler que l’homme est actuellement considéré comme fugitif par l’organe de police internationale INTERPOL après avoir fui la justice américaine il y a 40 ans. S’agit-il dès lors de morale, comme le soutient l’Académie, ou de justice, comme le revendiquent les nombreuses voix élevées contre l’indulgence à l’égard d’un criminel ?
Un clivage qui dépasse l’industrie cinématographique
L’affaire Polanski n’a certainement pas fini de faire couler de l’encre et soulève des questions sociétales importantes dans le sillage d’un mouvement #MeToo qui ne semble pas avoir atteint le paysage cinémato-graphique français. Plus largement, l’adulation de Roman Polanski démontre une dynamique d’influence et de pouvoir permettant de s’octroyer une complaisance médiatique à des fins de victimisation (il compare à la Une de Paris Match l’acharnement dont a été victime Dreyfus -thème principal de son film- à celui de la justice américaine dont il aurait fait les frais). Si récompenser Polanski n’équivaut pas à cautionner ses actes criminels, beaucoup s’accordent sur les déclarations de l’actrice Adèle Haenel au New York Times : « [Honorer Roman Polanski] revient à cracher au visage de toutes les victimes».

Soyons critiques, Soyons citoyens

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