D’acqua alta à acque alte : Venise sous eaux

Dans le courant du mois d’octobre et novembre, l’Italie a fait face à de nombreuses intempéries. Comme toujours, Venise prend cher et se retrouve inondée. Mais au-delà du cliché, comme la pluie en Bretagne, ou les embrassades à la russe, les dégâts et les causes qui en découlent, s’avèrent plus problématiques. En effet, cela n’a échappé à personne, Venise est une ville vétuste certes, mais surtout construite sur pilotis. Son âge canonique et le tourisme de masse qui s’exerce sur la cité des Doges (36 millions de touristes par ans ces dernières années, les immenses bateaux de croisière qui accostent sur la lagune et remuent les fonds marins) mais aussi le réchauffement climatique, fragilisent en effet la ville, qui à l’heure actuelle a baissé de 30 centimètres par rapport à son niveau initial, rendant les inondations plus fréquentes et plus violentes.

     Durant la deuxième semaine de novembre, Venise a subi 4 marées hautes, montant jusqu’à 1m87 mardi 12 novembre, niveau le plus haut enregistré depuis les 1m94 de 1966 et de manière général le niveau des eaux augmente. Ces inondations à répétition mettent en péril certains des plus beaux bâtiments de la ville. Durant cette semaine 1 homme est mort électrocuté dans son logement des suites des inondations. Il est à noter évidemment que la hauteur de la ville n’est pas celle de la mer, puisque Venise se situe entre 1m et 1m30 au-dessus du niveau de la mer. Donc bien que difficilement praticable, il est tout à fait possible de traverser la ville, l’eau entre les genoux et la taille (notons toutefois qu’il est déconseillé aux enfants d’entreprendre cette marche).

     Ces problèmes amènent à repenser la ville et faire appel à l’aide d’ingénieurs. Ce qui n’est cependant pas nouveau puisque Venise bien que plus ancienne, s’est construite grâce l’ingéniosité et l’innovation technique de certains bâtisseurs. Des barrages de pierre ont été placés le long de la lagune afin de protéger celle-ci des intempéries de l’Adriatique. Des canaux ont été creusés afin de drainer les iles. Les chaussées ont été surélevées. Ces mesures étaient nécessaires pour protéger la ville constituée de 118 iles et ilots (nombreux étant artificiels et montés sur pilotis).

Projet MOSE.

     Acronyme de « module expérimental électromécanique » mais aussi nom italien du prophète séparant les eaux, ce projet consisterait en l’installation de 78 digues flottantes. Mobiles, celles-ci permettraient un blocage de la lagune lorsque la mer Adriatique s’élèverait. C’est un projet de longue date (1984) éternellement reporté et ralenti. Débuté en 2003, il devait s’achever en 2016, le Premier Ministre parle de l’horizon 2021, rien de sûr. Les raisons ? La corruption, mais aussi une mauvaise estimation du budget, on est passé de 2 milliards estimé à un budget réel de 6 milliards (d’euro).

     Une solution concrète et efficace face à l’ampleur du problème ? En partie, mais ce serait sans compter sur les conséquences. Par exemple, si le niveau de la mer augmente de 50 centimètres, les digues devront fermer quasi quotidiennement. Une partie des eaux usées de la ville, se déverse dans la lagune et s’évacue dans la mer. Fermer ces portes aggraverait probablement la pollution microbiologique et l’effet d’eutrophisation (ensemble d’effets chimiques et biologiques générés par les réactions entre la matière organique et des éléments chimiques et physiques (eaux, soleil, air, etc)) au sein de la lagune.

    Il s’agit donc d’une mesure semble-t-il inévitable, mais qui ne répond pas entièrement aux-dits problèmes. Un ensemble de mesures concrètes liés à la consolidation de la ville, au tourisme, aux habitants, devront être mis en place si nous ne voulons pas voir de nouveau une mythique cité se faire engloutir. Dai !

Soyons critiques, soyons citoyens.

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