Un sommet salvateur dans une Église en disgrâce ?

Ce jeudi 21 février 2019 s’est ouvert, à l’initiative du pape François, un sommet exceptionnel au Siège de l’Église catholique romaine. L’objectif ? En finir avec l’omerta du Vatican sur les abus sexuels. Avant d’élucider les tenants et aboutissants de cet événement, revenons brièvement sur cette chape de plomb médiatique qui pèse chaque jour davantage sur l’institution chrétienne fragilisant ainsi l’ensemble de sa structure.

Si les actes pédophiles existaient bel et bien au 20ème siècle, c’est véritablement à l’aube des années 2000 que l’opinion publique s’empare de cette douloureuse question. Cette libération de la parole sonne la fin de la loi du silence : les victimes réclament des condamnations et l’Église se voit contrainte de réagir. Mais comment expliquer ce brusque et soudain tournant historique ? Selon le sociologue Olivier Bobineau, un élément de réponse réside dans l’émergence de « la figure sacrée de l’enfant » – notamment instituée par les droits de l’enfant en 1989 – dans nos sociétés démocratiques et libérales.

Dans un premier temps, l’Église peine à répondre à l’avalanche d’accusations qui s’accumulent. Le premier pas est initié par le pape Jean-Paul II en 2001 mais apparait comme largement insuffisant. Ce dernier avait effectivement quémandé aux évêques de rapporter à la curie romaine – grosso modo le gouvernement de l’Église – tous les cas de pédophilie. Si l’initiative était louable, la procédure restait interne. Autrement dit, la justice civile ne possédait toujours aucun droit de regard et les secrets de l’Eglise restaient inaccessibles. C’est en 2011, avec la venue de Benoît XVI, qu’une révolution se produisit : dorénavant, les évêques ont l’obligation de coopérer avec la justice. Allant dans ce sens, le pape François crée en 2014 une commission pour la protection des mineurs. Le bilan de celle-ci reste jusqu’ici mitigé.

C’est donc dans ce contexte qu’intervient ce sommet international « sur la protection des mineurs dans l’Église » qui réunit pendant 3 jours, un peu plus de 200 évêques et cardinaux. Le message du Pape est clair et se retrouve dans son discours d’ouverture du sommet : « Le peuple de Dieu attend non pas de simples condamnations mais des mesures concrètes et efficaces ». Dans ce but, « 21 points de réflexion » sont à l’ordre du jour et seront discutés.

La question légitime à se poser à la suite de cet événement se résume de la sorte : quel est son impact pour le futur ? Il est bien évidemment très difficile d’y répondre et seul des actes concrets pourront faire taire les critiques virulentes lancées à l’adresse de l’Église catholique. Toutefois, un événement marquant se produisit le samedi 23 février et eu le mérite de montrer l’insurrection de certains hauts représentants face à l’attitude du Vatican. En effet, le cardinal Reinhardt Marx fit sensation en déclarant qu’en Allemagne : « des archives avaient été détruites ». Proche du pape, ce cardinal souhaite mettre fin au secret pontifical qui mine, selon lui, la confiance des fidèles envers l’Église.

Ce sommet ne fait pas pour autant l’unanimité et soulève d’ores et déjà de très nombreuses critiques à l’instar de la marche organisée non loin du Vatican et intitulée « Tolérance zéro ». Rassemblant diverses fondations et associations qui militent pour la défense des victimes d’abus sexuels, ces organisations dénoncent le manque de transparence d’une part et l’absence de décisions claires d’autre part.

Aurons-nous l’occasion d’encore voir des films dramatiques tels que Spotlight ? Faites vos jeux.

Soyons critiques, soyons citoyens.

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