Brexit : et maintenant?

Le 23 juin 2016, les citoyens britanniques faisaient basculer le référendum national en faveur du Leave, engageant la Grande-Bretagne sur la route d’une sortie de l’UE en mars 2019. Aujourd’hui, où en est-on et qu’a-t-on déjà décidé ? Quelle relation future entre l’UE et le Royaume-Uni?

 

Quels sont les acteurs à la manoeuvre ?

D’une part, Theresa May, Première ministre du Royaume-Uni depuis le référendum fatidique. Membre du Parti conservateur, son souci majeur consiste à définir une position de négociation claire et stable au sein de son propre parti, qui réunit différents courants de conservateurs : les partisans d’un soft Brexit – dont May – recherchent un accord économique qui permettrait de garder les liens forts avec l’UE, tandis que les hard brexiteers militent pour une séparation nette et radicale entre la GB et l’UE. Ces tensions internes donnent peu de marge de manoeuvre à la Première ministre et rendent difficile le compromis avec les 27, d’autant plus que l’accord négocié par May avec l’UE devra être approuvé par le Parlement britannique, contrôlé par son propre parti.

D’autre part, les 27 autres Etats membres de l’UE, qui ont jusqu’ici affiché une étonnante unité sur le sujet. Leurs intérêts sont représentés par le négociateur en chef de la Commission, Michel Barnier, ancien commissaire européen français que certains verraient d’ailleurs bien remplacer Jean-Claude Juncker après les prochaines élections européennes.

 

La première phase de négociation : fumée blanche à l’hiver 17-18

Fin 2017 et début 2018, plusieurs décisions de principe sont prises : (i) les droits des citoyens européens établis au Royaume-Uni avant mars 2019 seront conservés au lendemain de la sortie, (ii) on s’accorde sur un mode de calcul du montant de la « facture » que la GB devra verser à l’UE afin d’honorer les engagements financiers communs que le pays avait déjà pris pour l’avenir avant le référendum (montant compris entre 40 et 70 milliards d’euros), (iii) on décide d’une période de transition, entre le 29 mars 2019 et le 31 décembre 2020, durant laquelle le RU ne fera plus partie de l’UE mais conservera un accès au marché unique – moyennant participation au budget et sans pouvoir participer aux prises de décision.

 

La seconde phase de négociation : vers un « no deal » ?

Depuis début 2018, les discussions patinent. Les tensions se concentrent sur la « question irlandaise ». D’une part, les 27 refusent la renaissance d’une frontière « dure » entre les deux Irlande : la province britannique d’Irlande du Nord, qui fait donc partie du Royaume-Uni, et la République d’Irlande, au sud. Cette frontière remettrait en cause le « Good Friday Agreement » de 1998 qui avait mis fin à trente ans d’affrontements sanglants entre les protestants nord-irlandais et les catholiques du sud, chose que les 27 veulent éviter à tout prix. D’autre part, les Britanniques refusent la solution prônée par l’UE – garder un espace sans frontière en Irlande, et prendre pour frontière douanière la mer qui sépare les deux îles – dès lors qu’elle mettrait à mal l’ordre constitutionnel du pays : l’Ecosse ou le Pays de Galles, qui composent le Royaume-Uni au même titre que l’Irlande du Nord, auraient tôt fait de réclamer le même privilège, la participation au lucratif marché unique européen. Cette solution « à la norvégienne » – faire partie de l’espace économique européen sans faire partie de l’UE – ne convient pas aux partisans du hard Brexit, dès lors qu’elle implique la libre circulation des personnes et des travailleurs européens, principe sévèrement combattu à l’époque du référendum par les partisans du Leave. On se trouve donc dans une situation de blocage, qui fait ressurgir la crainte réelle d’un « no deal » aux conséquences concrètes désastreuses en termes de droits de douane, de transports aériens, ferroviaires et routiers, de contrôle des marchandises et des passagers. La période de transition pourrait toutefois être prolongée au-delà de décembre 2020.

 

Concluons en constatant que les positions politiques défendues sur la question du Brexit ne peuvent être comprises qu’en s’intéressant aux différents contextes purement nationaux dont dépendent les différents dirigeants négociateurs. En l’occurrence, l’on peut se demander dans quelle mesure le blocage autour du Brexit ne s’explique davantage par des conflits de ténors rivaux au sein du parti conservateur britannique que par un désaccord profond entre les parties sur le fond du problème.

 

Soyons critiques, soyons citoyens.

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