L’esclavage a-t-il vraiment disparu?

Le 14 novembre dernier, la chaine de télévision américaine CNN dévoilait au grand public un reportage révélant la vente aux enchères de jeunes migrants camerounais en Libye, près de Tripoli. Le sort de ces esclaves, torturés et violés, indigne le monde entier., Le secrétaire général de l’ONU se dit « horrifié » et le président français Manu, qualifiant ces actes de « crimes contre l’humanité », demande une réunion expresse du Conseil de sécurité des Nations Unies. Devant de telles réactions, on pourrait penser à un cas isolé, voire exceptionnel, mais qu’en est-il réellement de ce qu’on appelle aujourd’hui « l’esclavage moderne » ?

Qu’est-ce que l’esclavage ?

Si le cas libyen a tant choqué, c’est parce qu’il s’agit d’une résurgence de « l’esclavage classique », c’est à dire d’une forme de servitude qui voit la personne privée de sa liberté et réduite à un objet, un instrument économique. C’est certainement l’une des formes d’esclavage les plus barbares et les plus violentes, associée dans notre imaginaire collectif à une honte du passé. Bien qu’officiellement abolie partout depuis plus de trente ans, cette pratique d’un autre temps semble malheureusement subsister à quelques endroits, au Soudan et en Mauritanie notamment. La notion « d’esclavage moderne » est, quant à elle, bien plus large. Elle regroupe l’ensemble des actions visant à asservir une personne. Elle comprend donc « l’esclavage classique » mais également tout un panel d’autres pratiques, pour la plupart beaucoup moins médiatisées et parfois même « tolérées ».

Différents cas d’esclavage moderne

La servitude pour dettes est actuellement la forme la plus répandue d’esclavage, touchant des millions de personnes à travers le monde (Asie du Sud, Pérou, Brésil, Philippines,…). Voici le schéma classique : quand la misère est trop grande, la victime contracte une dette que son « prêteur » lui demande de rembourser en travaillant pour lui. Toute la famille se retrouve ainsi aliénée jusqu’au remboursement. Les esclaves travaillent finalement tous les jours de l’année en échange, le plus souvent, d’un peu de nourriture et d’un abri. La plupart du temps, leur travail n’éponge jamais entièrement la dette qui peut même se transmettre à leurs enfants.

L’esclavage infantile est, quant à lui, une pratique également très répandue dans les pays pauvres. Le travail de ces enfants, souvent nécéssaire à la survie de la famille, consiste à confectionner des tapis, des vêtements ou encore des jouets et ce pour le profit économique de réseaux fantômes ou de grandes multinationales. Profitant de leur vulnérabilité et de la quasi-absence de régulations protectrices, les exploitants maintiennent leurs salaires à un niveau plancher et augmentent leur temps de travail, obtenant ainsi un rendement plus qu’avantageux pour l’exportation de leurs produits. Pour ces milliers d’enfants, le constat est amer : inflammation des poignets, arthrite, malformation des os à force d’être assis accroupis ou encore endommagement de la vue (à cause du mauvais éclairage).

L’esclavage domestique présente enfin une dimension infiniment vicieuse : il est pratiqué au sein des foyers et donc à l’abri des regards. Cette forme d’esclavage touche principalement des jeunes femmes d’origine africaine, asiatique ou d’Europe de l’Est. En Europe, on leur propose, en échange de leur venue, une éducation et un salaire afin d’aider la famille restée dans le pays d’origine. Une fois arrivées, le rêve se transforme en cauchemar : séquestrées dans les maisons de leurs exploiteurs, elles sont contraintes à travailler quinze à dix-huit heures par jour, sans congé ni repos. Contrairement aux idées reçues, les drames de l’esclavage moderne existent dans tous les milieux sociaux. 80% de ces exploiteurs sont des gens ordinaires, riches ou pauvres. Ils exploitent leurs « petites bonnes » aussi bien dans les hôtels particuliers des beaux quartiers parisiens que dans les grands ensembles de quartiers défavorisés en banlieue.

Il y a donc lieu de nous interroger : nos sociétés occidentales ne portent-elles pas une responsabilité dans la poursuite de telles pratiques, ici et ailleurs ? La fin de l’exploitation passe-t-elle par un changement de mode de consommation ?

Soyons critiques, soyons citoyens !

(article initialement publié le 05/02/18)

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