La crise au Liban: Beyrouth partagée entre Ryad et Téhéran

Lorsqu’on pense aux troubles géopolitiques au Moyen-Orient, la tendance est de poser notre regard sur Damas et la guerre civile syrienne. Pourtant, ce conflit s’inscrit dans une dynamique régionale d’opposition entre le Royaume saoudien et la République islamique iranienne, opposition qui tend à devenir de plus en plus marquée. Cette opposition elle-même s’inscrit dans un cadre global composé de fortes alliances, entre Washington et Ryad d’une part, et entre Moscou et Téhéran d’autre part. Un récent épisode illustrant cette rivalité entre les deux puissances régionales s’est déroulé au Liban lorsque, en novembre, le premier ministre libanais Saad Hariri annonce sa démission depuis l’Arabie Saoudite, indiquant craindre pour sa vie.  Suite à une rencontre à Paris avec Manu, Hariri rentre au Liban et annonce le 22 novembre qu’il suspend sa démission.

Le Liban : histoire d’un pays aux multiples facettes

Le Liban, ancien territoire de l’Empire ottoman, est passé sous protectorat français avant de devenir indépendant en 1943.  Le pays a pour particularité d’être divisé en pas moins de dix-sept communautés, dont les plus importantes sont les chrétiens maronites, les sunnites et les chiites.  Cette division a conduit le pays à adopter un système politique communautaire et multiconfessionnel, avec des postes ministériels réservés à certaines communautés religieuses.  Mais ces difficiles arbitrages politiques, dans un contexte de tensions entre les voisins israéliens et palestiniens, ne peuvent tout résoudre : le Liban traversera une guerre civile sanglante entre 1975 et 1990.  L’opposition à Israël des chiites du puissant Hezbollah libanais (soutenu par l’Iran) provoquera également une guerre avec l’Etat hébreu en 2006.  L’Iran n’est d’ailleurs pas le seul acteur régional à s’ingérer dans les affaires libanaises : l’Arabie Saoudite reste en effet très proche des sunnites libanais.

Une république divisée entre pressions saoudiennes et iraniennes

L’éclatement du conflit syrien n’a pas aidé à la stabilité du pays et a contribué au renforcement du Hezbollah, actif aux côtés de Damas et des peshmergas iraniens dans la lutte contre l’Etat islamique et les rebelles syriens.  Ryad n’a évidemment pas vu d’un bon œil ce renforcement iranien dans la région, et c’est pour cela que certains ont vu, derrière la démission de Saad Hariri le mois dernier, l’intervention du royaume wahhabite. Si la crise semble aujourd’hui calmée, et ce peut-être grâce au rôle joué par le président français, elle n’est pas résolue pour autant : Hariri n’a pas officiellement repris son rôle de premier ministre, et l’Arabie saoudite reste inquiète de la puissance politique dont le Hezbollah – donc l’Iran – dispose au Liban.  A cette situation se rajoute aussi le rapprochement officieux entre Ryad et Israël, également opposé à l’Iran.

La paix au Moyen-Orient, un chantier impossible ?

Le Moyen-Orient et le Liban n’ont pas besoin d’une nouvelle crise. Pourtant le calme ne semble pas près de revenir dans la région : Ryad et Téhéran sont opposés dans plusieurs autres conflits périphériques – comme au Yémen – et, si un conflit ouvert entre les deux puissances reste improbable, cela n’est toutefois pas entièrement impossible. Devant les enjeux globaux provoqués par ces problèmes, posons-nous la question de savoir quel rôle doivent remplir les grandes puissances, et notamment l’Union Européenne. L’exemple français de tentative de conciliation semble aller dans le bon sens, même si une réponse européenne coordonnée reste souhaitable. Le Moyen-Orient reste en tous les cas plus que jamais un foyer de crise, un des grands défis que la communauté internationale se doit de résoudre de la manière la plus pacifique possible.

Soyons critiques, soyons citoyens !

(article initialement publié en novembre 2017)

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